La Dark Romance : le fléau littéraire du 21e siècle ?
Un titre violent, mais un vrai sujet
Je sais, le titre est volontairement un peu violent. Mais franchement, à un moment, il faut en parler.
Depuis Les cinquante nuances de Grey, j’ai l’impression qu’on ne voit plus que ça. La dark romance est partout. En tête de rayon, sur les tables, dans les recommandations, dans les vidéos, dans les vitrines… Elle a pris une place énorme dans les librairies, au point qu’on a parfois l’impression que le reste de la littérature doit gentiment se pousser pour lui laisser la lumière.
Rien contre cinquante nuances, mais…
Je précise tout de suite : je n’ai rien contre Les cinquante nuances de Grey.
Au contraire, quand c’est sorti, j’ai trouvé ça plutôt intéressant de découvrir un univers différent, avec ses codes, son ambiance, son côté un peu sulfureux qui changeait de ce qu’on voyait habituellement. Ce n’est juste pas forcément mon terrain de jeu préféré. Moi, de base, je suis plutôt dragons, vaisseaux spatiaux, planètes inconnues et villes cyberpunk éclairées au néon.
Le constat en librairie
Le midi, pendant ma pause, il m’arrive d’aller me promener chez Cultura. Et à chaque passage, même constat : une énorme partie consacrée à la dark romance, à la romance young adult, aux couvertures sombres, aux titres qui promettent du danger, du désir interdit, du bad boy brisé et de la passion toxique. Pendant ce temps-là, les rayons SF, BD ou fantasy ont l’air de tenir dans un coin, avec deux ou trois fois moins d’espace.
Et là, forcément, je me demande : on en est vraiment là ?
Je n’ai rien contre la romance en soi. Ni contre les histoires sombres. Ni contre les personnages torturés. Une bonne histoire d’amour compliquée, intense, avec des zones grises et des personnages abîmés, ça peut être très fort. Le problème, c’est quand tout finit par se ressembler.
La même recette, encore et encore
Parce qu’à force, on connaît la chanson.
Un milliardaire mystérieux qui s’ennuie dans sa tour en verre. Une héroïne “différente des autres”. Un contrat bizarre. Une relation toxique vendue comme une passion absolue. Un homme dangereux, froid, possessif, mais attention : il est comme ça parce qu’il a souffert. Donc évidemment, tout est pardonné, ou presque.
Et rebelote.
Le souci, ce n’est pas que ce genre existe. Le souci, c’est qu’il semble avoir avalé tout le reste. On a l’impression qu’il suffit de mettre une couverture noire, un titre un peu provocateur, trois traumatismes, deux secrets de famille et un homme beaucoup trop riche, pour garantir un succès en librairie.
Pendant ce temps-là, des romans de SF incroyables, des BD originales, des mangas moins mis en avant, des récits d’aventure ou des œuvres vraiment ambitieuses restent parfois dans l’ombre. Et c’est frustrant, surtout quand on aime les univers qui construisent quelque chose, qui nous emmènent ailleurs, qui prennent des risques.
Quand la transgression devient un produit
La dark romance donne souvent l’impression de tourner en boucle sur les mêmes fantasmes : pouvoir, domination, richesse, danger, obsession. Encore et encore. Et au bout d’un moment, ce n’est plus sulfureux, ce n’est plus audacieux, ce n’est même plus vraiment choquant. C’est juste répétitif.
Le plus étrange, c’est que ce genre est souvent présenté comme transgressif. Sauf qu’à force d’être partout, la transgression devient presque un produit standardisé. Ce qui devait bousculer devient une recette. Ce qui devait déranger devient un rayon entier parfaitement aligné, prêt à passer en caisse.
Alors oui, chacun lit ce qu’il veut. Et heureusement. Lire de la dark romance ne veut pas dire qu’on cautionne tout ce qui s’y passe. Mais on peut quand même se poser une question : est-ce qu’on n’a pas un peu trop donné de place à la même histoire, racontée avec les mêmes codes, les mêmes personnages et les mêmes clichés ?
Juste envie de voir autre chose
Personnellement, j’en ai marre du milliardaire torturé qui signe des contrats étranges parce qu’il ne sait visiblement pas gérer son ennui autrement. J’en ai marre de voir la toxicité emballée comme une grande histoire d’amour. J’en ai marre que certains rayons ressemblent plus à un copier-coller géant qu’à une vraie invitation à découvrir des univers différents.
La littérature peut être sombre. Elle peut être intense. Elle peut parler de désir, de violence, de trauma, de relations compliquées. Mais elle peut aussi être vaste, inventive, drôle, épique, étrange, intelligente, spatiale, monstrueuse, poétique, absurde, politique.
Bref, elle peut être autre chose qu’un énième homme riche, dangereux, possessif et émotionnellement indisponible.
Donc oui, peut-être que la dark romance n’est pas réellement “le fléau du 21e siècle”. Mais quand on voit la place qu’elle prend aujourd’hui dans les rayons, difficile de ne pas avoir envie de lever les yeux au ciel.
Et surtout, difficile de ne pas rêver d’un peu plus de galaxies, de dragons, d’enquêtes, de monstres, de robots, de BD, de récits étranges et d’histoires qui changent vraiment.
